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CAUE - 2011/12 - RT 2012 ... Et plus si affinité...

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RT2012, et plus si affinité..

Les réglementations thermiques se succèdent en France depuis 1975, mais aujourd’hui, afin d’accélérer la transition vers le facteur 4 pour 2050, les lois « Grenelle » appliquées au bâtiment exigent une amélioration sensible des performances énergétiques des constructions neuves. En matière de logements, ils devront à compter du 1er janvier 2013 être conformes à la nouvelle « Réglementation thermique 2012 » qui renforcera les exigences des précédentes RT et réduira de 40 à 50% les consommations d’énergie par rapport à la RT 2005. Cette ambition répond à l’urgence des enjeux planétaires face aux incertitudes de notre approvisionnement énergétique, à la hausse de son coût, ainsi qu’aux impacts des rejets de gaz à effet de serre sur le climat mondial.

La RT 2012 généralise et rend ainsi obligatoire l’actuel seuil de consommation d’énergie du label Bâtiment Basse Consommation de 30 à 50 kWh d’énergie  primaire, par mètre carré de surface hors-œuvre nette, par an. Cette consommation moyenne est envisagée sur 6 usages : le chauffage et ses auxiliaires,  l’eau chaude sanitaire, la climatisation, l’éclairage, et la ventilation. Ce niveau de performance correspond à l’étiquette A de la classification du Diagnostic de  performance énergétique ; il prend pour hypothèse des températures intérieures de 19°C. en hiver, et 26°C. en été.

Pour mémoire, la RT 2000 avait fixé ce seuil à 120 kWh/m2/an, et le bâti existant est réputé consommer entre 200 et 400 kWh/m2/an. L’objectif recherché  par le Grenelle est aujourd’hui d’accélérer la réduction des consommations d’énergie et de production de GES afin de parvenir en 2020 à une réglementation « bâtiment à énergie positive », c’est-à-dire produisant plus d’énergies qu’il n’en consomme.

Cette étape intermédiaire entre 2013 et 2020 permettra selon l’ADEME de réduire notre consommation de 150 milliards kWhep, et les émissions de CO2 entre 13 et 35 millions de tonnes. Pour une maison individuelle, cette ambition se traduira sur 20 ans par une économie de 15000 euros de consommation énergétique, visant à compenser un surinvestissement de 8 à 15%.

Ce qu’il faut retenir de la RT 2012

La nouvelle réglementation impose trois exigences de résultat pour :

1) L’efficacité énergétique du bâtiment, c’est-à-dire la capacité de la construction seule (en dehors de tout équipement additionnel) à générer de faibles  besoins énergétiques, grâce par exemple à l’orientation de son implantation, à la capacité isolante et à l’épaisseur de ses matériaux, à sa compacité (rapport  du volume intérieur / surfaces de façade), à la densité urbaine (mitoyenneté) …

Ce critère se traduit par le coefficient « B.biomax » qui exprime les besoins bioclimatiques de la construction. Il impose une limitation simultanée des besoins en énergie (chauffage, éclairage, refroidissement) pour les composantes liées à la conception du bâti.

2) La consommation énergétique du bâtiment, c’est-à-dire la somme des quantités d’énergies primaires conventionnelles des différents équipements utilisés pour le chauffage, l’éclairage, l’eau chaude sanitaire, et leurs auxiliaires (pompes, ventilateurs …), auxquelles s’ajoutent éventuellement celles du  refroidissement d’été. Cette valeur de « Cep max » est fixée à 50 kWep / m2 / an ; elle est pondérée suivant la situation géographique du projet, son  altitude, son usage (résidentiel, tertiaire, …), la surface moyenne des logements, la quantité d’émission de CO2 en cas de recours au bois – énergie, et l’installation d’équipements énergétiques à haut rendement.

3) Le confort d’été des bâtiments non climatisés, c’est-à-dire la capacité de la construction à offrir une température intérieure acceptable sans recourir à un  système actif de refroidissement, mais en intégrant des dispositifs tels que occultations solaires, puits canadien, ventilation nocturne, inertie des matériaux  de construction… La valeur de température intérieure conventionnelle, ou « Tic », fixe le seuil de température la plus chaude tolérée dans les locaux pendant  5 jours d’été consécutifs particulièrement chauds. A ces 3 seuils chiffrés s’ajoutent les exigences de moyens suivantes : recours aux énergies renouvelables en maison individuelle, traitement des ponts thermiques, seuil minima d’étanchéité à l’air de l’enveloppe, surface minimale de baie vitrée (au moins 1/6 de la surface habitable), seuil de facteur solaire pour les chambres, et prise en compte de la production locale d’électricité (photovoltaïque, cogénération).

Concrètement, la conformité à la nouvelle réglementation se vérifie par le calcul, réalisé à partir de la méthode Th-BCE 2012 (Journal officiel du 10 août  2011) qui intègre les données bio-climatiques du projet et les systèmes constructifs les plus courants du marché. Il faudra tout d’abord établir les Bbiomax et  epmax du projet, suivant ses caractéristiques et sa localisation ; un simple tableur type Excel y suffira. Puis des logiciels validés par l’administration (Perrenoud, Cardonnel, XPair, …) permettront de vérifier si les dispositions constructives mises en oeuvre atteignent ces seuils réglementaires. De nombreux prestataires et bureaux d’études techniques proposent d’effectuer ces calculs et de produire une attestation de conformité.

Pour faciliter l’application de ces dispositions aux maisons individuelles, l’arrêté du 26 octobre 2010 prévoit dans son Titre IV des « modalités simplifiées ».  Elles consistent en une combinaison de solutions techniques et architecturales qui permettront de respecter les caractéristiques thermiques et les exigences  de moyens de la RT 2012, et seront justifiées par un calcul « simplifié ». Mais ces dispositions très généralistes ne permettront pas d’optimiser le rapport coût efficacité des choix retenus.

Conformément à la tradition législative française qui cherche à responsabiliser les citoyens vis-à-vis de leurs propres actes, la conformité à la réglementation est de nature déclarative. Cette démarche déclarative s’opère en deux temps, via la production par le maître d’ouvrage de deux attestations :

- Au moment du dépôt de sa demande de permis de construire, il atteste la prise en compte de la RT 2012 en définissant les besoins bioclimatiques de son projet et les orientations sur les approvisionnements énergétiques capables d’y répondre, en particulier le recours aux énergies renouvelables.

- Au moment de l’achèvement des travaux, il atteste que les 3 exigences de résultats de la RT 2012 sont effectivement atteintes et que la construction réalisée est bien conforme au cahier des charges défini par l’étude thermique préalable (type de matériaux, composition et épaisseur des isolants, neutralisation des ponts thermiques, étanchéité à l’air, équipements de production énergétique et de ventilation …).

Cette démarche déclarative n’exclut pas la vérification de ces dispositions par un contrôle a posteriori sur site, réalisé par l’administration (mission de police judiciaire). Ce contrôle par tirage statistique pourra être effectué jusqu’à 3 ans après l’achèvement des travaux. Le non-respect du code de la construction et des différents arrêtés d’application de la loi constitue en effet un délit qui peut faire l’objet de poursuites pénales et d’obligation de mise en conformité
(exemple d’amende pour infraction : 45 000 euros). Consommer moins et vivre mieux

Par son application généralisée à l’ensemble des mises en chantier, cette nouvelle réglementation permettra vraisemblablement d’atteindre un niveau moyen acceptable par les pouvoirs publics, et d’éviter les « gouffres » énergétiques. Mais malgré les textes, on constate aujourd’hui en France pour la plupart des bâtiments livrés que les consommations réelles sont de l’ordre du double des consommations réglementées.

La réglementation ne saurait donc se substituer au projet – tout au plus le vérifie-t-elle suivant ses propres critères administratifs. C’est pourquoi le constructeur avisé ne se contentera pas de (faire) vérifier les seuils a posteriori, même s’il a statistiquement une chance sur deux d’être en règle. Il intègrera ces objectifs énergétiques dès le début de son projet, et procèdera à chaque phase de planification et à chaque échelle au réglage des différents paramètres influant sur le résultat final (proportion de surface vitrée, épaisseur et type d’isolation, …), tout en étudiant l’interaction de ces multiples composantes les unes par rapport aux autres.

Pour atteindre l’efficacité énergétique, ce processus itératif entre les décisions et leurs résultats décrira 3 étapes :

-  La réduction drastique des besoins du bâtiment ;

-  La récupération de toutes les pertes et des fuites éventuelles ;

-  Une très faible puissance d’appoint étant dès lors suffisante, la couverture du reliquat par des systèmes énergétiques adaptés et le recours privilégié aux énergies renouvelables locales.

Cette stratégie bio-climatique produira plusieurs aller-retour entre les dispositions envisagées, leur coût, et leur calcul au moyen de simulations thermiques dynamiques plus respectueuses de la réalité des phénomènes physiques que le moteur réglementaire ; dans le même registre, il conviendra de prendre en compte les coefficients réels plutôt que ceux retenus par la réglementation (cf. les distorsions des coefficients d’équivalence en énergie primaire retenus par la RT 2012 et la réalité physique, qui privilégient les sources électriques au détriment de la biomasse ou des EnR).

Attentif à sa consommation énergétique future, le constructeur ne le sera pas moins vis-à-vis de l’énergie passée qui a été nécessaire à la fabrication, au transport, à l’entretien, et au recyclage de ses matériaux de construction. Seule cette vision globale du cycle de vie du bâtiment et de son « énergie grise » garantit la cohérence de notre recherche de frugalité énergétique (appel de note 1). Souvent utilisés dans la construction pré-industrielle, les matériaux peu transformés et produits localement offrent d’intéressantes perspectives dans ce domaine (paille, terre, bois, et leurs dérivés …).

Enfin, il faut vraisemblablement restituer les objectifs énergétiques, d’importance indiscutable, dans une recherche qualitative plus globale en rapport avec le bien-être intérieur et le confort d’habiter. Notre rapport à l’espace est marqué par une diversité de sensations psycho-physiques qui ne se résument pas à la température de l’air ni à ses corollaires énergétiques : parois froides, vitesse de déplacement de l’air, humidité relative… Les qualités lumineuses, phoniques, les géométries spatiales, l’agrément des espaces extérieurs et du quartier sont autant d’éléments qui participent au plaisir d’habiter… La qualité de l’air  intérieur fera l’objet d’une attention particulière, par rapport à son taux d’humidité et aux émanations des matériaux de construction (panneaux de particules bois collés au formaldéhyde) comme des volumes exacts nécessaires à sa régénération par les systèmes de ventilation ; ce poste a d’autant plus d’impact que l’étanchéité à l’air conditionne fortement l’efficacité énergétique.

Dans un second temps, un suivi des consommations sera réalisé au cours des premiers mois de vie à l’intérieur de la nouvelle maison (en particulier des matériels électroniques et d’électro-ménager) en prenant en compte les usages réels de chaque pièce (durée d’occupation, objectifs de température et de ventilation) ; ces nouvelles pistes d’économie permettront de régler encore plus finement les installations et d’améliorer leur rendement.

En conclusion, et compte tenu du temps de réalisation des constructions et de leur utilisation probable au-delà de 50 années, il est vraisemblablement pertinent de rechercher dès le départ des performances supérieures à la réglementation en vigueur au moment du permis de construire : les économies d’énergie comme la valeur immobilière de la maison seront alors au rendez-vous, et pour plus longtemps !

Pour aller plus loin :

Points conseil gratuits ouverts aux particuliers :

-       Réseau Union régionale des CAUE Rhône-Alpes : tél. 04 72 07 44 55 www.caue69.fr www1.archi.fr

-       Réseau IERA InfoEnergie Rhône-Alpes : www.iera.fr

Documentation :

D. Molle et P.-M. Patry, « RT 2012 et RT existant », éd. Eyrolles, 180 p., sept. 2011, 9 euros

Site internet « rt-batiment.fr » > bâtiments neufs > réglementation thermique 2012

Légende photo :

Autoconstruction avec isolation toiture en paille, Etable 73 - source A. Sordoillet 2011

Ressource naturelle renouvelable, recyclable, la paille ne nécessite que peu d’énergie pour sa fabrication. Ses performances thermiques et acoustiques sont excellentes : son pouvoir  d’isolation est équivalent à celui d’un parpaing et 20 cm. de laine de roche. Le mur respire, et avec un enduit extérieur à la chaux, il est étanche à l’eau.
Des essais menés par le CSTB ont validé une tenue au feu de 1h30 : bien compactée et donc sans air comburant, la paille ne brûle que lentement. C’est
un matériau de choix pour l’auto-constructeur : pose facile, coût réduit (entre 1 et 2 euros la botte), et sans coût de transport.

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Photo 1 : vue générale de l’ossature bois et du remplissage paille

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Photo 2 : isolation de la toiture

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Photo 3 : mise en compression des bottes sous sablière.

Rédacteur Jacques SORDOILLET
Points conseils gratuits ouverts aux particuliers :
Réseau Union régionale des CAUE Rhône-
Alpes : tél. 04 72 07 44 55 www.caue69.fr
www1.archi.fr

 

Appel de note 1 : ainsi pour la fabrication des menuiseries, l’énergie grise d’un m3 de PVC est de 194 kWh/m3 et son émission de CO2 de 3,3 Tonnes, alors que respectivement pour du sapin on obtient 1 kWh/m3 et 0,017 T. CO2.